L'article à la une de notre dernier numéro examine comment les centres de retraite chrétiens à travers le Canada offrent répit, renouveau et ressourcement.

Jésus s’est retiré dans le désert, Moïse a gravi le mont Sinaï, Élie s’est enfui à Horeb, mon amie Heather prend la route vers le lac. Avec de jeunes enfants, un mari handicapé et un emploi très exigeant, Heather a parfois l’impression que son lien avec Dieu est une corde qui s’effiloche rapidement. Chaque été, elle charge sa voiture et se rend au bord du lac pour une retraite qui renforce sa relation avec Jésus et lui permet de rentrer chez elle mieux armée pour affronter les défis de la vie.
Heather, et les milliers de chrétiens canadiens qui participent à des retraites spirituelles, poursuivent une tradition qui remonte à l’époque biblique. Dans l’Évangile de Marc, après une longue période consacrée aux guérisons, à la prédication et aux voyages, Christ dit à ses disciples : « Venez avec moi, à l’écart, dans un endroit tranquille, et reposez-vous un peu » (Marc 6 : 31).
Les Pères de l’Église primitive ont accueilli cette invitation avec enthousiasme, se retirant dans le désert pour de longues périodes de contemplation et de jeûne. Saint François d’Assise, puis saint Ignace de Loyola, ont approfondi cette pratique monastique, et les retraites d’aujourd’hui doivent beaucoup à ces figures pionnières qui mettaient l’accent sur l’importance de la simplicité et de la solitude.
Les retraites modernes peuvent sembler un peu différentes des pratiques austères des saints, mais les principes sous-jacents demeurent les mêmes : renouveau, reconnexion et ressourcement.
Le son du silence
Le mot « retraite » vient du latin retrahere, qui signifie « se retirer ». Au cœur des contreforts boisés des Rocheuses, les visiteurs du King’s Fold Renewal & Retreat Centre, un centre de 166 acres, sont encouragés à faire exactement cela.
« Nous n’avons pas de téléviseurs et si vous captez une demi-barre de signal cellulaire, c’est déjà une bonne journée », explique Terry Dykstra, membre du personnel et vétéran du centre de retraite depuis dix ans. Contrairement à leur réputation de passionnés de technologie, les jeunes visiteurs ont plus de facilité à se déconnecter, note M. Dykstra.
« Les jeunes veulent faire une pause loin de l’agitation, mais les personnes plus âgées arrivent souvent avec leur ordinateur portable en disant : “Super, un endroit tranquille. Je vais enfin pouvoir travailler un peu.” Il leur faut une journée entière avant de réaliser qu’ils n’ont pas à avoir honte de ne rien faire. »
PHOTOS : KING’S FOLD RENEWAL & RETREAT CENTRE
Conçue spécialement pour favoriser la solitude et la contemplation, la propriété King’s Fold, près de Cochrane, en Alberta, comprend deux sentiers de prière, une petite chapelle nichée dans les bois, des sentiers de randonnée et des aires de repos panoramiques. On y trouve également deux zones de silence désignées, un solarium chauffé et une bibliothèque confortable et bien fournie. Le nombre de résidents pour la nuit est délibérément limité à environ 24 afin que chacun puisse trouver un espace pour être seul.
Le centre accueille des particuliers, des visiteurs à la journée et des groupes, mais organise également environ six retraites de son propre chef. L’une des plus populaires est sa « Retraite ignatienne en silence » d’une semaine qui, comme l’explique M. Dykstra, n’est pas pour les âmes sensibles.
« Une retraite en silence d’une semaine, c’est difficile. Nous veillons toujours à ce que les invités sachent dans quoi ils s’engagent, car c’est exigeant. L’avantage, c’est qu’en éliminant les distractions, on s’ouvre et on se permet d’entendre Dieu qui nous parle. »
Les invités arrivent souvent à King’s Fold avec de lourds fardeaux – difficultés conjugales, problèmes de santé, questionnements sur la foi – et repartent avec un sentiment de légèreté. « Dès que les gens s’engagent dans notre allée, ils disent qu’ils sentent quelque chose dans l’air ici. Nous avons tant d’histoires de personnes qui ont rencontré Dieu. Nous entendons sans cesse parler de vies transformées. »
La foi se manifeste sous toutes ses formes au centre, qui est chrétien mais non confessionnel. Les invités vont des prêtres orthodoxes égyptiens aux groupes de femmes de l’Église unie. Pour M. Dykstra, cela fait partie de l’attrait du lieu. Malgré l’accent mis sur la solitude, King’s Fold est aussi un lieu de communauté et de fraternité où les invités s’unissent dans un même but : renouer avec Dieu.
Au King’s Fold Renewal & Retreat Centre, près de Cochrane, en Alberta, les visiteurs viennent souvent chercher le calme pour renouer avec Dieu.
Une affaire de famille
Au Muskoka Bible Centre (MBC), au cœur de la région des chalets de l’Ontario, les retraites sont une affaire de famille. Conformément à la mission du centre, qui consiste à donner aux familles les moyens de vivre leur foi, une vaste gamme de programmes de retraite est offerte, notamment des retraites pour femmes et pour hommes, des fins de semaine pour les jeunes, des escapades en couple, des retraites pour les familles en deuil et celles destinées aux parents d’enfants handicapés.
En activité depuis près d’un siècle, les retraites du MBC ont évolué non seulement en termes de participation, mais aussi dans leur approche face à la dynamique et aux besoins changeants des familles. Shelagh Raymer, directrice des programmes de retraites du MBC, explique : « Nous avons examiné la situation des familles, leurs difficultés et la manière dont nous, en tant que centre de retraite, pouvons les soutenir. Ce n’est pas que nous puissions tout régler en un fin de semaine, mais nous pouvons certainement offrir un répit, un soutien et un enseignement solide. »
Au total, le MBC propose 16 retraites à son programme. Certaines, comme celle destinée aux parents en deuil, sont délibérément organisées en petits groupes, tandis que d’autres, telles que la retraite pour femmes, sont des événements de grande envergure attirant environ 200 participantes.
La plupart se déroulent la fin de semaine et toutes ont lieu sur la somptueuse propriété du MBC au bord du lac, qui constitue en soi un réconfort. « C’est tellement beau. Parfois, on se pince pour s’assurer qu’on ne rêve pas : “Est-ce que je travaille vraiment ici?, confie Mme Raymer. Quand on a besoin de s’évader, le simple fait de s’asseoir au milieu de ce que Dieu a créé est très apaisant pour l’âme. »
Chaque retraite est différente, mais la plupart comprennent des ateliers, de la musique et des activités de loisirs. L’accent est clairement mis sur l’enseignement biblique, mais Mme Raymer précise qu’elle veille tout particulièrement à ce que la fin de semaine ressemble à une retraite plutôt qu’à un congrès.
« Notre rêve est que les retraites ne soient pas axées sur l’enseignant, mais sur l’expérience. On peut aller lire un livre au bord de l’eau, faire du kayak ou emprunter les sentiers de randonnée. Nous offrons des choix aux gens. Il n’y a aucun jugement. »
Chaque retraite est différente, mais la plupart comprennent des ateliers, de la musique et des activités de loisirs. L’accent est clairement mis sur l’enseignement biblique, mais Mme Raymer précise qu’elle veille tout particulièrement à ce que la fin de semaine ressemble à une retraite plutôt qu’à un congrès.
« Notre rêve est que les retraites ne soient pas axées sur l’enseignant, mais sur l’expérience. On peut aller lire un livre au bord de l’eau, faire du kayak ou emprunter les sentiers de randonnée. Nous offrons des choix aux gens. Il n’y a aucun jugement. »
Le MBC accueille de nombreux habitués venus de partout en Ontario. Pour beaucoup, cela devient une tradition familiale. « Des générations se succèdent ici », explique Mme Raymer. « Une femme vient avec ses filles et ses petites-filles, et certains hommes amènent leurs fils. » Lors de la retraite pour jeunes, ouverte aux 20 à 30 ans, il arrive souvent que des rencontres amoureuses se nouent de manière inattendue, bouclant ainsi la boucle du thème familial.
Le Muskoka Bible Centre (MBC) de Huntsville, en Ontario, accueille depuis des générations des participants à des camps familiaux, des fins de semaine pour les jeunes, ainsi qu’à des retraites destinées aux femmes et aux hommes, aux familles en deuil et aux parents d’enfants handicapés. PHOTOS : MUSKOKA BIBLE CENTRE
Prendre soin des aidants
En plus de ses programmes de retraite, le MBC met à disposition des chalets sur son terrain pour les pasteurs et les responsables d’églises en visite qui ont besoin d’un répit. Offerts gratuitement, ces chalets sont très recherchés par les ministres qui ressentent le poids de leur ministère.
L’épuisement pastoral n’est pas seulement un problème dans les églises canadiennes. Il touche également les champs missionnaires à travers le monde, où les évangélistes internationaux sont confrontés à une myriade de défis. Selon une étude de l’Alliance évangélique mondiale, 70 % des missionnaires quittent le terrain pour des raisons qui auraient pu être évitées. Parmi celles-ci, on compte les pressions familiales, les contraintes financières, le choc culturel, les problèmes de santé mentale et d’autres obstacles.
Dermot Westcott connaît bien les épreuves de la vie missionnaire, ayant servi au Honduras avec son épouse Viola. Au cours de leur deuxième année de ministère, le couple a été encouragé par des amis à participer à une retraite et en a tiré un grand réconfort.
Animé par la vision d’un sanctuaire répondant spécifiquement aux besoins de ses confrères missionnaires, M. Westcott est retourné dans sa province natale, Terre-Neuve, et a fondé en 2009 Ministry to Missionaries, une retraite annuelle qui se tient dans le Parc national du Gros-Morne.
Des missionnaires viennent de partout dans le monde, faisant le voyage depuis leurs champs de mission au Brésil, en Afrique du Sud et aux Philippines pour participer à « Ministry to Missionaries », qui leur offre un refuge tous frais payés au cœur des paysages époustouflants de la côte ouest de Terre-Neuve.
« Nous offrons un lieu sécuritaire où les gens peuvent profiter de la communion fraternelle avec d’autres croyants avec lesquels ils partagent des expériences communes, explique M. Westcott. Ils peuvent se reposer, se ressourcer et, espérons-le, surtout, se trouver dans un lieu avec le Seigneur où ils peuvent se demander : “Où en suis-je dans ma vocation? Dois-je changer quelque chose?” »
« Ministry to Missionaries » suit un modèle d’affaires inhabituel. Les places sont offertes gratuitement aux missionnaires, mais l’organisation ne fait ni collecte de fonds ni publicité. L’équipe compte plutôt sur le bouche-à-oreille, des bénévoles dévoués, des organismes partenaires et des donateurs.
M. Westcott affirme que chaque décision est guidée par Dieu, en particulier la liste des invités. « Le Seigneur tend la main à ceux qu’Il veut voir ici. Il y a parfois des annulations de dernière minute, parfois des inscriptions de dernière minute, mais ceux qui doivent être ici finissent par y arriver. »
Les participants se voient proposer un horaire bien rempli de séminaires, d’activités telles que le kayak et la randonnée, ainsi que des séances de débriefing, au cours desquelles ils partagent leurs histoires dans un environnement sûr et bienveillant. Toutes les activités sont facultatives; les participants peuvent donc en faire autant – ou aussi peu – qu’ils le souhaitent.
« Nous remplissons le programme à ras bord. Il y a quelque chose de prévu chaque jour, mais nous nous efforçons de souligner qu’ils ne doivent pas se sentir obligés de faire quoi que ce soit. S’ils veulent rester dans leur chambre, verrouiller la porte et profiter du service de chambre pendant les cinq jours, c’est leur choix », explique M. Westcott. La plupart des invités apprécient l’occasion d’explorer les paysages de Terre-Neuve, dit-il, et de « se détendre complètement », entourés de personnes qui comprennent les défis particuliers liés à la vocation missionnaire.
À terme, M. Westcott espère construire un centre et ouvrir la retraite à tous ceux qui exercent un rôle de direction pastorale. Mais pour l’instant, il est en pleine planification de la conférence de cette année, qui aura lieu en août, et il fait confiance à Dieu pour amener tous ceux qui ont besoin d’un renouveau spirituel.
« Nous avançons pas à pas et prions pour tout, sachant que le Seigneur tient les rênes. »
Un havre de paix
Il n’y a pas de réponse universelle au commandement de Jésus dans Marc 6:31. Cette invitation à se retirer dans un endroit tranquille peut s’appliquer aujourd’hui de nombreuses façons, que ce soit en méditant dans les montagnes, en écoutant des enseignements bibliques au bord d’un lac ou en partageant la communion fraternelle le long du littoral accidenté de l’ouest de Terre-Neuve.
Le point commun, c’est de prendre le temps de tendre l’oreille pour capter la petite voix douce de Dieu ou, comme le dit une citation attribuée à saint Ignace : « Efforce-toi de garder ton âme toujours en paix et au calme, toujours prête à tout ce que le Seigneur voudra accomplir en toi. »
Catherine Morris est autrice à Lakefield, en Ontario (CatMorWrites.com). La photo de kayak à Terre-Neuve est publiée avec l'aimable autorisation de « Ministry to Missionaries », une retraite annuelle organisée dans le Parc national du Gros-Morne offrée à ceux qui servent sur les champs de mission à travers le monde.