Magazines 2026 Mar - Apr L'Assemblée sacrée : Spiritualité et quête de justice

L'Assemblée sacrée : Spiritualité et quête de justice

25 February 2026 By Bruce J. Clemenger

Les participants à l'Assemblée sacrée ont continué à essayer de concrétiser la vision d'Elijah Harper dans nos sphères d'influence, écrit le chroniqueur Bruce Clemenger.

Traduit par François Godbout. Ce texte en anglais

Ce fut un moment unique dans l'histoire du Canada. Un rassemblement de dirigeants politiques, religieux et spirituels autochtones, tous à la recherche d'une voie à suivre dans leurs relations avec les peuples autochtones, une voie vers la compréhension et la réconciliation : une assemblée sacrée.

C'était en décembre 1995, moins de deux mois après le référendum au Québec. La Commission royale sur les peuples autochtones avait vu le jour en 1991, et de nombreux Canadiens souhaitaient une meilleure voie à suivre, notamment pour répondre aux torts causés au nom de Dieu.

La vision exprimée par Elijah Harper (1949-2013), député fédéral et ancien député provincial du Manitoba, était la nécessité d'une réconciliation, d'une restauration et d'une restitution entre les peuples autochtones et non autochtones, plus précisément fondée sur la nécessité de la repentance qui, selon lui, est fondamentale pour que le Canada connaisse l'harmonie politique et la paix.

L'objectif était de présenter une vision et d'identifier les responsabilités qui nous incombent, en tant qu'individus, communautés religieuses, peuples autochtones et gouvernements, pour établir une relation juste et équitable entre les peuples autochtones et non autochtones.

Pour M. Harper, les « traditions, croyances et philosophies » autochtones comportent intrinsèquement une vision « qui reconnaît et embrasse la souveraineté de Dieu notre Créateur ».

Le discours d'ouverture en 1996 a été prononcé en oji-cri par Alan B. Harper, chef religieux et père d'Elijah Harper. Il a évoqué la mission sacrée qui nous incombe de nous rassembler et d'agir au nom de Dieu. Il a invoqué la bénédiction de Dieu le Père, du Fils et du Saint-Esprit sur l'Assemblée sacrée.

Le Canada s'engageait dans une voie laïque : la dimension spirituelle de toute vie était mise de côté, souvent rejetée et niée dans la vie quotidienne des gens ainsi que dans la politique nationale et la plupart des médias.

On parle souvent de la séparation de l'Église et de l'État. Mais la foi ou la spiritualité est une dimension de toute la vie. Elle ne peut être séparée de la politique, ni d'aucun autre domaine d'activité. Et elle est essentielle pour réparer les torts historiques, en particulier ceux commis au nom de Dieu, en traçant la voie à suivre grâce à un dialogue fondé sur l'humilité, la dignité mutuelle et la repentance.

Pour M. Harper, les « traditions, croyances et philosophies » autochtones comportent intrinsèquement une vision « qui reconnaît et embrasse la souveraineté de Dieu notre Créateur ».

Comme l'a dit le premier ministre de l'époque, Jean Chrétien « Ce qui a manqué dans tous les efforts déployés ces dernières années pour récupérer les terres et l'autonomie gouvernementale des Autochtones par le biais des tribunaux et du processus politique, c'est la perspective spirituelle qui sous-tend ces demandes de justice. [...] C'est quand il y a justice que Dieu est présent. Et je pense que vous, M. Harper, avez trouvé une nouvelle voie. La spiritualité fait cruellement défaut dans notre société, et elle est absolument nécessaire pour trouver la bonne voie. »

Lorsque Elijah Harper a réuni des chefs religieux pour planifier l'Assemblée sacrée, l'AÉC venait de co-organiser avec World Vision un rassemblement de 30 chrétiens des Premières Nations et Métis afin d'explorer comment nous pourrions cheminer ensemble pour établir des relations saines.

Au fur et à mesure que les plans de l'Assemblée sacrée se concrétisaient, Terry Leblanc, Lorraine Land, Murray Angus et moi-même avons formé un comité chargé de produire deux documents. La Proclamation de réconciliation et Les principes et priorités pour une nouvelle relation commencent tous deux par la reconnaissance de croyances communes : Dieu le Créateur règne en maître, la terre sur laquelle nous vivons a été créée pour le bien de tous, les peuples autochtones ont un droit et une responsabilité particuliers d'assurer l'intégrité continue de la terre (et l'unité et le bien-être de ses habitants), et les Canadiens non autochtones partagent ces responsabilités de gestion.

L'une des recommandations était que le gouvernement fédéral instaure une Journée nationale des Autochtones. En 1996, la date du 21 juin a été choisie. Le nom a été changé en Journée nationale des peuples autochtones en 2017.

Les participants à l'Assemblée sacrée ont continué à essayer de concrétiser la vision d'Elijah Harper dans nos sphères d'influence, et en janvier, je me suis joint à de nombreuses personnes à Winnipeg pour commémorer son 30e anniversaire.

Nous avons identifié les fruits issus des graines semées et nous nous sommes engagés à aller de l'avant avec une nouvelle génération, en poursuivant notre chemin vers des relations justes et équitables entre les Canadiens autochtones et non autochtones.

La Proclamation de réconciliation a été adoptée comme document d'orientation dans le cheminement de l'AÉC vers des relations justes avec les peuples autochtones (TheEFC.ca/ReconciliationProclamation). Le cheminement vers la justice et des relations justes se poursuit.

Bruce J. Clemenger est ambassadeur principal et président émérite de l'Alliance évangélique du Canada, et auteur de The New Orthodoxy: Canada’s Emerging Civil Religion (Castle Quay, 2022).

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