Magazines 2015 Jul - Aug Le Québec a sa propre grande église mondiale

Le Québec a sa propre grande église mondiale

02 July 2015 By David Gosselin

À contre-courant, Nouvelle Vie s’étend à travers le monde

Traduit par François Godbout. La version originale en anglais.

Alors que le fleuve Saint-Laurent s’écoule devant Montréal en direction de l’Atlantique, les voitures remplissent un terrain de stationnement dans une zone industrielle sur la Rive-Sud de la métropole, près du pont Jacques-Cartier. C’est dimanche matin.

PHOTOS: L’ÉGLISE NOUVELLE VIE
Claude Houde est le pasteur principal de L’Église Nouvelle Vie à Montréal. Photos: NV.

Les gens entrent par les portes d’un immeuble à la taille d’un entrepôt dans un foyer grouillant d’une foule multiculturelle. On entend la musique du grand auditorium derrière les murs. À l’intérieur, environ 2 000 adorateurs attendent, debout, devant une scène longue de 100 pieds. Il y a une fébrilité dans l’air. D’énormes écrans vidéo montrent les gens dans l’assemblée.

Comme David a défait Goliath

L’orchestre débute et le directeur de louange invite la foule à lever les mains. Trente minutes plus tard, le pasteur Claude Houde arrive en scène. Il prie pour le message qu’il s’apprête à livrer et finit avec un retentissant « Amen ?! ». Pendant l’heure suivante, Claude déballe méthodiquement 1 Samuel 17 dans la série de huit parties « David, c’est Moi ». Il trace un parallèle entre David vainquant Goliath avec une petite pierre et une église évangélique du Québec déjouant les pronostics pour devenir la plus grosse église de la francophonie. Il termine avec quelques applications, ou « à retenir » comme on les appelle ici, fidèle à la devise de Nouvelle Vie : « Une Église pour Aujourd’hui ».

L’Église Nouvelle Vie (NV) fait des vagues dans le Québec français depuis un bon bout de temps. Avec le dynamisme d’une méga-église américaine et des supporteurs enthousiastes, NV brise la tendance actuelle au Québec et dans presque tout le monde occidental – c’est une église qui grandit, pas une église qui ferme.

Mais l’impact de NV va bien au-delà, soit partout où l’on parle français. Selon les fidèles qui viennent ici, une partie de l’attrait pour la plus vaste communauté francophone, c’est le pasteur principal lui-même, qui, jeune homme assis dans les derniers bancs d’une église urbaine de Montréal, avait été appelé en avant par un prédicateur qui avait proclamé qu’il allait « faire de grandes choses pour le Seigneur ».

Isabelle Depelteau fréquente NV depuis longtemps. « Claude Houde a le don de jeter des ponts culturels, pas seulement grâce à ses compétences d’enseignant, mais parce qu’il a compris comment être et demeurer pertinent en utilisant les affaires et les tendances actuelles pour transmettre des vérités universelles », dit-elle.

D’une approche locale à un rayonnement international

 À ses débuts, l’église était bien loin de son important statut planétaire actuel. Au début des années 1980, les 40 membres originaux voulaient établir une église qui aiderait les familles pauvres de la Rive-Sud. Cette approche toute simple a attiré tellement de gens que NV a dû déménager plusieurs fois avant de se fixer dans l’emplacement des plus spacieux qu’elle occupe présentement. Aujourd’hui, elle supporte 800 familles sur une base régulière pour combler leurs besoins alimentaires et autres – encore plus durant la période de Noël.

« Beaucoup d’églises ont une influence sur leur communauté et sur la francophonie. C’est évident que l’influence de NV a débordé des limites de Longueuil ou de Montréal », remarque Jocelyn Olivier, adjoint de Claude Houde et l’un des 25 pasteurs de l’église (dont plusieurs dirigent des « sous-ministères »).

NV donne des conférences, forme des prédicateurs et équipe chanteurs et musiciens pour conduire la louange. Les équipes ministérielles de NV sont à l’œuvre chaque semaine, aidant les églises de la région voisine, disent-elles. Et, naturellement, l’implication en ligne augmente d’autant l’impact de l’église au sein de la francophonie, de Montréal à Sept-Îles, de Paris à Port-au-Prince.

« Des équipes de pasteurs et de dirigeants des quatre coins du monde [parlant] français viennent souvent passer quelques jours ici pour apprendre et voir comment ça se passe par chez nous », ajoute Jocelyn Olivier. Ils se disent inspirés par la capacité de NV à bâtir une église qui touche la francophonie – un groupe notoirement difficile à rejoindre.

Le service d’édition de NV (Ministères Parole d’espoir) et le groupe de production musicale publient du matériel pour le monde francophone. La musique de chanteurs et d’auteurs-compositeurs comme Luc Dumont, un populaire auteur-compositeur-interprète chrétien québécois de style contemporain, répand le message d’espoir de NV. L’emploi judicieux des médias sociaux joue, selon les dirigeants, un rôle vital dans les activités de NV.

En 2005, un groupe d’églises incluant NV a créé une nouvelle confession religieuse, l’Association Chrétienne pour la Francophonie (ACF). Avec à la barre le pasteur Houde et Marc Lecompte, un collègue pasteur de NV, l’ACF s’est engagée à former des personnes et à implanter des églises.

L’ACF a également fondé l’Institut de Théologie pour la Francophonie (ITF), une école théologique accréditée par l’Université Laval. Des étudiants de tout le monde francophone (incluant la France, la Belgique, la Suisse, la Nouvelle-Calédonie, Haïti, la Martinique, l’île de la Réunion, Madagascar et le Québec) viennent faire des études chaque année à l’école.

« Beaucoup d’étudiants [la plupart sont des pasteurs] retournent dans leur pays d’origine non seulement avec le plein de connaissances théologiques et théoriques, mais aussi avec une excellente formation pratique », d’expliquer Jocelyn Olivier.

En plus de rejoindre ses membres, NV essaime maintenant dans la communauté et dans l’ensemble du monde parlant français, sans script ou plan directeur, affirment les dirigeants. L’Internet a élargi la base de NV, avec 12 000 « j’aime » sur Facebook au dernier décompte, 300 000 visites Web annuelles et 18 000 téléchargements du calendrier de l’église.

« NV s’est toujours assurée de ne pas oublier ses membres locaux, mais nous avons constaté que nos membres sont encore plus soudés en prenant la mesure des besoins de la francophonie », conclut Hélène Bergeron, membre de NV.

David Gosselin est un écrivain à Montréal.