Magazines 2020 Nov - Dec Crise des soins prodigués à la création

Crise des soins prodigués à la création

09 November 2020 By Katharine Hayhoe

Une experte en climatologie nous montre comment nous pouvons tous y répondre

Traduit par François Godbout. Ce texte en anglais

En tant que climatologue et chrétienne, on me pose souvent la question : « La science ne vous a-t-elle pas fait douter de ce que vous croyez? »

Ma réponse est, étonnamment, non. Si nous croyons que Dieu a créé tout ce que nous voyons et étudions, comment ce que nous apprenons par la science pourrait-il être incompatible avec notre foi? Et, dans cette optique, qu’est-ce que la science si ce n’est la poursuite de la compréhension de l’esprit de Dieu? À quoi pensait Dieu quand il a conçu cet univers, depuis la complexité de nos corps humains jusqu’à cette incroyable planète?

Non seulement cela, mais en tant que Chrétiens, nous savons que la matière physique a une valeur inhérente à la fois pour Dieu et pour nous. La Bible est pleine de rappels de l’amour et du soin que Dieu apporte aux aspects les plus infimes de sa création. Et nous, les humains, n'étions pas destinés à flotter dans un espace vide. Nous avons été conçus pour vivre sur une planète qui regorge de la richesse de la vie.

IMAGE CRÉÉE PAR RETO STÖCKLI, NAZMI EL SALEOUS ET MARIT JENTOFT-NILSEN, NASA GSFCDieu a créé l'air que nous respirons, l'eau que nous buvons, la nourriture que nous mangeons et les matériaux que nous utilisons. Sa création ne nous donne pas seulement les nécessités de base de la vie, mais sa beauté nous remplit également d’émerveillement et nourrit nos âmes. La création est un don de Dieu. La science est un don qui nous aide à mieux comprendre ses merveilles et sa perfection.

Pourquoi c’est important

Qu'est-ce que la création et pourquoi est-ce important pour nous? Nous caractérisons souvent la création comme une vie non humaine - des plantes et des animaux. Mais considérez cette définition de la nature du Cambridge Essential Dictionary: « toutes les plantes, créatures et choses qui existent dans le monde et qui ne sont pas faites par les humains ». À leur tour, ceux qui se soucient de la création sont souvent qualifiés d'écologistes et stéréotypés comme étant plus concernés par la vie non humaine que par la vie humaine.

Mais les humains ne font-ils pas également partie des êtres vivants sur cette planète? Et comment pourrions-nous survivre sans le reste des êtres vivants sur notre planète?

Selon la Bible, nous, les humains, faisons partie de la création, mais y occupons une place distincte de tous les autres aspects de la création. Nous avons un rôle particulier à jouer. Radah est le mot hébreu utilisé dans Genèse 1 qui caractérise notre responsabilité envers tout être vivant. Ce mot a traditionnellement été traduit par « avoir la domination sur », et ce concept a été perverti pour laisser entendre que Dieu nous a donné le droit de nuire à d'autres êtres vivants – par la pollution, la dégradation, la destruction et maintenant le changement climatique - si nous pouvons profiter temporairement d’un tel préjudice.

Des eaux de crue aux incendies et à la sécheresse, un climat changeant signifie une catastrophe pour de nombreuses personnes. PHOTO: KOMPAS / HENDRA A SETYAWANCependant, radah est le même mot développé dans les Psaumes d'une manière qui montre clairement à quel point l'interprétation de la domination est imparfaite. Le psaume 72 dit, se référant au règne de Dieu, « Il dominera d’une mer à l’autre car il délivrera le pauvre qui crie et le malheureux que personne n’aide. » En élargissant cela à Genèse 1, cela implique que nous sommes appelés à prendre soin ou à avoir de la compassion, à écouter et à répondre aux besoins des autres et, en fait, de tout être vivant.

Puis dans Genèse 2, nous apprenons que le Seigneur Dieu a pris l'homme et l'a mis dans le jardin d'Éden pour abad et shamar. Ces mots signifient servir, protéger, garder et conserver. Ils impliquent le concept d'intendance, de prendre soin de quelque chose au nom d'un autre qui le valorise.

Si on vous a donné une parcelle de terre à gérer au nom d'un généreux bienfaiteur, et que vous la laissez se délabrer ou devenir polluée et contaminée, qu'est-ce que cela dit de vous et de votre relation avec eux? Mais si vous prenez soin de la terre - si vous vous assurez qu'elle fournit de la nourriture, un abri, des emplois, de l'eau potable, un sol sain et un habitat pour la faune - alors vous honorez leur demande de la protéger et de la conserver.

Recevoir quelque chose et être fidèle à ce qui nous a été donné est le deuxième aspect important de notre relation unique avec la création.

Un dommage disproportionné

Il est difficile aujourd'hui de trouver des preuves que les humains pratiquent la compassion, le soin et l'intendance que l’Écriture décrit comme le dessein de Dieu. Au lieu de cela, nous vivons dans un monde où ceux qui n'ont pas de voix sont souvent marginalisés. Les habitats végétaux et animaux sont décimés et dégradés, les plastiques remplissent nos océans et nos eaux et des espèces toutes entières sont vouées à l'extinction. La pollution endommage les récifs coralliens, contamine les réserves d’eau et étouffe l’air dans de nombreuses villes les plus peuplées du monde.

On estime qu’un décès prématuré sur six dans le monde est le résultat de la pollution de l’air, de l’eau ou du sol. Et une grande partie de cela affecte de manière disproportionnée les nombreux pauvres au profit de quelques riches.

Ensuite, il y a le fait qu'aujourd'hui, le climat de la terre change plus vite qu'à n'importe quel moment de l'histoire de l'humanité. Ce changement est le résultat direct du recours aux combustibles fossiles. Plus nous brûlons de charbon, de pétrole et de gaz, plus les gaz piégeurs de chaleur s'accumulent dans l'atmosphère, enveloppant une couverture supplémentaire autour de la planète. L'accumulation de chaleur dans l'atmosphère et les océans entraîne des vagues de chaleur, des sécheresses, des inondations, des ouragans et des incendies de forêt plus forts et plus intenses, ce qui nous met tous en danger.

La valeur moyenne des culture dans le monde perdues à cause du changement climatique s’élève à 5 MILLIARDS DE DOLLARS PAR AN

Et le changement climatique est également profondément injuste. Il affecte de manière disproportionnée les plus pauvres et les plus vulnérables du monde - ceux qui ont le moins contribué à ce problème. Chaque année, en moyenne, environ 5 milliards de dollars de récoltes sont perdus en raison du changement climatique - une grande partie de ce montant dans des pays où beaucoup vivent déjà dans la pauvreté.

Les gens sont déjà déplacés de leurs foyers dans les zones côtières basses, depuis des îles du Pacifique Sud et les deltas du Bangladesh jusqu'aux côtes de l'Amérique du Nord. On estime que le nombre de réfugiés climatiques de ce siècle pourrait s'élever à des millions. Où iront-ils?

Et même s'ils restent, ils sont en danger. Les répercussions du changement climatique ont déjà augmenté l'écart économique entre les pays les plus riches et les plus pauvres du monde de 25 % depuis les années 1960.

Les premiers à souffrir

J'ai grandi en tant qu'enfant de missionnaires en Amérique du Sud. Dès mon plus jeune âge, j'ai vu à quoi ressemble la vie de ceux qui vivent dans des maisons en carton, en bambou ou en briques de terre crue, qui dépendent de la nourriture qu'ils cultivent pour se nourrir et qui sont les premiers à souffrir en cas de catastrophe. Beaucoup d'entre nous reconnaissent cette souffrance. Nous consacrons nos efforts, nos prières, notre argent et notre temps à aider à résoudre la pauvreté, la maladie, les pénuries d'eau et la faim.

Le changement climatique est un MULTIPLICATEUR DE MENACES, ciblant de manière disproportionnée les plus pauvres et les plus vulnérables d'entre nous.

Le changement climatique est un multiplicateur de menaces, ciblant de manière disproportionnée les plus pauvres et les plus vulnérables d'entre nous. Nommez un problème que nous essayons de résoudre et vous avez nommé un problème que le changement climatique aggrave. Les Nations Unies estiment que, si on ne le contrôle pas, le changement climatique menace d'annuler les 50 dernières années de développement, de santé mondiale et de réduction de la pauvreté. Pire encore, le changement climatique entraîne constamment la rareté des ressources; le manque de ressources mène aux conflits; les conflits à la guerre et aux crises de réfugiés; et tout cela donne lieu à des souffrances sans fin. Le changement climatique est important pour nous car il affecte de manière disproportionnée ceux à qui nous sommes le plus appelés à radah.

La pollution atmosphérique affecte de manière disproportionnée les pauvres. SHUTTERSTOCK.COMTout compte fait – sachant que le changement climatique réduit la nourriture et les ressources disponibles, alors que nous continuons à polluer notre planète, notre maison commune, alors que nous empiétons davantage sur les zones sauvages, abattant des arbres et détruisant les animaux et leur habitat, alors que nous négligeons notre tâche de protéger tout être vivant - le risque de catastrophe, y compris les pandémies mondiales, augmente. Pas comme un jugement de Dieu, mais simplement comme une conséquence naturelle de nos choix. D'une manière ou d'une autre, nous avons oublié que la santé et le bien-être de toute création incluent les nôtres, et que les nôtres en dépendent à leur tour.

Comment répondre?

Comment réagissons-nous, en tant que chrétiens, face aux résultats désastreux de nos mauvais choix collectifs ? Là aussi, notre foi nous guide. Si notre impulsion peut être de céder à la culpabilité et à la peur, la Bible est claire : ce n'est pas ce qui nous motive à agir. La mort de Christ nous a libérés de notre culpabilité, et la Parole de Dieu dit simplement ceci : Il ne nous a pas donné un esprit de peur. Si nous répondons par la peur, cette peur ne vient pas de Dieu.

Au contraire, Dieu nous a donné trois dons supplémentaires pour guider notre réponse. Le premier est un esprit de puissance qui nous permet d'agir, même face à la peur, plutôt que d'être figés ou paralysés. Le deuxième est un esprit d'amour qui nous permet de penser aux autres, d'avoir de la compassion pour eux, de les radah. Et enfin, Dieu nous a fait le don d'un esprit sain que nous pouvons utiliser pour prendre de bonnes décisions basées sur les informations qu'il a rendues évidentes dans sa création.

A quoi ressemble une réponse sans peur ni culpabilité, mais remplie de pouvoir, d’amour et d’un esprit sain? Un exemple pourrait être de répondre avec amour, en prenant soin des besoins physiques des personnes les plus touchées par les effets du changement climatique - que ce soit ici-même ou à l'étranger. Nous pouvons soutenir une action globale, en reconnaissant qu'il existe des solutions à grande échelle pour lutter contre la pauvreté, la faim, le manque d'accès aux ressources - et la pollution, le changement climatique et bien d'autres choses encore - et que nous, qui en avons la capacité, pouvons défendre ces solutions au sein de notre église, de notre organisation ou de notre lieu de travail, de notre ville et de notre pays.

Ensuite, en tant que disciples de Christ, nous sommes également appelés à agir dans la communauté en tant que partie d'un corps. Votre église a-t-elle un ministère de protection de la création? Pouvez-vous en mettre un sur pied? Les missions que vous soutenez prennent-elles en compte le changement climatique et la pollution comme des multiplicateurs de menace pour les personnes que vous essayez d'aider? Pouvez-vous réaliser un audit énergétique dans votre maison et votre église, puis investir les fonds ainsi économisés dans l'aide aux autres? Vous pourriez peut-être vous joindre à une communauté en ligne comme ClimateCaretakers.org qui envoie chaque mois une suggestion d'action concrète à entreprendre, y compris une prière, que nous pouvons faire en communauté?

De nombreux animaux font face à de nouveaux risques, car le changement climatique affecte les niveaux de glace et d'eau. PHOTO: KAROLIN EICHLER (DEUTSCHER WETTERDIENST)Nous pouvons aussi agir individuellement. Les petits choix de vie comme le type d'ampoules que nous utilisons, nos habitudes de recyclage et la création d'habitats pour les papillons dans nos jardins sont importants. Il existe des organisations où les gens se procurent de la « nourriture laide » qui ne peut être vendue autrement, ce qui réduit le gaspillage de nourriture. Nous pouvons manger moins de viande, ce qui réduit notre empreinte carbone tout en améliorant notre régime alimentaire.

Nous pouvons en savoir plus, suivre les experts sur les médias sociaux et donner notre temps et nos ressources à des organisations qui travaillent avec les personnes marginalisées par la pauvreté, la faim et l'inégalité, ainsi qu'avec celles qui s'efforcent de protéger la création de Dieu - World Vision, Tearfund, A Rocha, la Banque de céréales vivrières du Canada et bien d'autres encore.

Mais la chose la plus importante que chacun d'entre nous puisse faire est simplement ceci : en parler. Utilisons nos voix pour sensibiliser les gens, partager des solutions porteuses d'espoir et plaider pour le changement.

Se préoccuper de la création et de tous les problèmes qui l'affectent n'est pas en opposition avec ce que nous sommes. La compassion est profondément en accord avec ce que nous sommes en tant que peuple de Dieu et avec la raison pour laquelle Dieu nous a créés. Nous nous soucions de la création parce que Dieu nous a rendus responsables du bien-être de chaque être vivant, de la plus petite plante à notre sœur et à notre frère, que ce soit à nos côtés ou à l'autre bout du monde.

La chose la plus importante que chacun d'entre nous puisse faire est tout simplement la suivante : PARLONS DE CE QUI SE PASSE ... sensibiliser les gens, partager des solutions porteuses d'espoir et plaider pour le changement.

La meilleure façon d'entamer une conversation constructive consiste à trouver des valeurs communes, puis à relier les points entre ce qui nous tient déjà à cœur et pourquoi c'est important.

En tant que Chrétiens, nous convenons tous que ce monde appartient à Dieu, et il nous a demandé d'en prendre soin et de nous soucier les uns des autres. Nous pouvons partager authentiquement, avec notre cœur, les raisons pour lesquelles nous, les disciples de Christ, nous nous soucions de cette question.

Et enfin, nous pouvons parler d'actions, de choses que nous pouvons faire individuellement, ensemble, et de ce que les autres font aussi, que nous pouvons soutenir.

Se soucier de la création de Dieu, prendre soin des personnes et des autres êtres vivants déjà touchés par le changement climatique est une expression authentique de notre foi. C'est aussi une acceptation fidèle de notre responsabilité. Et, ce qui est peut-être le plus important, c'est une véritable expression de l'amour de Dieu.

C'est ce que nous sommes et ce qu'Il nous a amenés à devenir.

Katharine Hayhoe (www.KatharineHayhoe.com) est une scientifique atmosphérique canadienne et directrice du Climate Center de la Texas Tech University. Elle est également auteure, orateur populaire et penseur. Photo en haut : Nasa Goddard.

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