Magazines 2026 Mar - Apr Les algorithmes traitent nos enfants comme des disciples

Les algorithmes traitent nos enfants comme des disciples

31 March 2026 By Taylor Scott-Reimer

Élever des enfants à une époque où le sexisme est à la mode et où l'Évangile est toujours d'actualité

Traduit par François Godbout. Ce texte en anglais

Un mardi soir en Ontario, j'ouvre Instagram entre le dîner et l'heure du coucher, et je vois un nom familier. Un enfant de mon ancien groupe de jeunes a partagé une vidéo d'un influenceur chrétien qui se présente comme un défenseur de la vérité. La vidéo est un montage rapide d'applaudissements sur les « vrais hommes », une blague sur les sentiments féministes, un appel aux garçons à devenir des rois.

C'est le genre de contenu qui circule bien dans les discussions de groupe, car il semble confiant et proche de l'Église. Celui-ci provient d'un commentateur politique américain très en vue. Mon cœur se serre. Je tape : « Hé, on peut en parler ? » Puis je reste assise une minute dans le silence.

Nous sommes au Canada. Nous ne sommes pas à l'abri. Le sexisme ne disparaît pas. Il évolue. Il vit sur les mêmes plateformes que celles que nos enfants utilisent dans le bus et dans les couloirs de l'école. Il se cache dans le langage de l'auto-assistance. Il se déguise en satire.

Les algorithmes apprennent vite et diffusent encore plus vite, détournant les garçons de discussions sur la forme physique vers une vision du monde qui vend la domination comme un droit inné, et entraînant les filles vers une douceur soigneusement sélectionnée qui considère la soumission comme sacrée. Rien de tout cela n'est neutre.

La réponse de l'Église ne peut se limiter à un haussement d'épaules ou à une réprimande. Il ne s'agit pas seulement d'un problème culturel. C'est un problème de disciple. Par disciple, j'entends la formation constante de l'amour et de la loyauté. Les algorithmes le font à grande échelle. L'Église peut le faire avec sagesse.

Définition pratique : le discipolat algorithmique est la manière dont les systèmes de recommandation forment l'attention, les valeurs et les habitudes par une exposition répétée.

J'écris en tant que mère canadienne et autrice chrétienne qui aime son église locale d'un amour obstiné et ancré dans le familier. J'écris également en tant que personne qui a vu la foi se vider de son sens par des structures de pouvoir qui prétendent être saintes.

Internet n'a pas inventé le chauvinisme masculin. Il l'a automatisé. Alors nommons ce qui se passe, puis élaborons un plan qui correspond à la vie réelle que nous menons, entre les gymnases scolaires et les sanctuaires des églises, les bottes d'hiver près de la porte et un arrêt chez Tim Hortons sur le chemin du groupe de jeunes.

Le tombeau est toujours vide. La nouvelle est toujours bonne. Nous aurons besoin de cette chanson dans nos os si nous voulons élever des enfants capables de distinguer un faux évangile du vrai.

Les chiffres pour le Canada

Une grande majorité des jeunes qui possèdent un téléphone intelligent le gardent dans leur chambre et beaucoup l'utilisent après s'être couchés. Ces habitudes sont liées à la fatigue et aux difficultés d’attention pendant la journée.

En mars 2024, quatre des plus grands conseils scolaires de l'Ontario ont intenté des poursuites judiciaires, alléguant que les principales plateformes sociales perturbaient l'apprentissage et le bien-être des élèves. C'est l'ampleur du problème auquel les écoles sont confrontées.

Ce que les garçons entendent et comment y répondre

On dit aux garçons canadiens que la masculinité s'acquiert par le contrôle. Que les sentiments vous rendent faible. Que les femmes sont un test ou un trophée. Parfois, le message est enrobé d'humour, ce qui rend plus difficile de le contester sans paraître dépourvu d'humour.

Parfois, il apparaît dans des discussions sur l'entraînement physique, le travail acharné, la progression, la domination. Aucun de ces mots n'est mauvais en soi. Mais en quelques coups, le courant peut entraîner les garçons vers le mépris. Le mépris donne un sentiment de puissance. Il habitue également le cœur à oublier la tendresse. C'est le contraire de Jésus.

Notre réponse ne peut se limiter à une liste d'interdits. Les garçons ont besoin d'un meilleur « oui ». Montrez-leur des hommes qui se repentent. Montrez-leur des hommes qui s'excusent sans s'effondrer. Montrez-leur des hommes assez forts pour être doux, qui changent une couche à 3 heures du matin, qui tiennent la porte parce qu'ils servent tout le monde, et non parce que les femmes sont fragiles.

Faites-leur entendre que le pouvoir n'est pas un jouet. Dans le royaume de Dieu, le pouvoir est un outil de protection et de réparation. Je veux que mon fils se souvienne du son de la voix de son père me disant « j'avais tort » et de la façon dont nous nous sommes embrassés après. Ce souvenir peut couvrir la voix d'un influenceur dans un moment de tentation.

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PHOTO : MARIELA FERBO

Les garçons / Pratiques simples à la maison et dans les groupes de jeunes

  • Trois écrans, une conversation. Regardez ensemble une courte vidéo sur les réseaux sociaux. Identifiez ce qui est vrai, ce qui est faux, et demandez quelle histoire sur les hommes et les femmes se cache derrière les conseils donnés. Priez en une seule phrase à la fin. Soyez bref. Soyez constant.
  • Paires de mentors. Réunissez des hommes et des garçons dans la même pièce autour d'un thème précis : la tendresse, la repentance, le partage des tâches ménagères. Laissez les garçons poser des questions directes. Laissez les hommes répondre sans se mettre sur la défensive.
  • Le service avant la fanfaronnade. Ajoutez une action de service régulière à votre calendrier jeunesse. Déneigez pour les personnes âgées. Emballez des paniers. Les garçons ont besoin de sentir que leur force est utilisée à bon escient. Leurs muscles s’en souviendront.

Ce que les filles entendent et comment y répondre

On dit aux filles canadiennes que leur valeur réside dans le fait d'être agréables et petites. Parfois, cela se traduit par une robe campagnarde affichant un verset biblique écrit en cursive. Parfois, cela se traduit par un blazer et un sourire qui dit que vous pouvez tout avoir si vous ne vous plaignez jamais.

Ces deux messages prêchent le même mensonge : vous existez pour soutenir la vocation de quelqu'un d'autre. Appelez cela l'esthétique « tradwife » si vous voulez, c'est-à-dire un contenu sur les réseaux sociaux qui idéalise les rôles de genre hypertraditionnels. Appelez cela la culture de l'agitation si cela vous semble plus approprié. Dans tous les cas, les filles apprennent à travailler à bien paraître plutôt qu’à chercher à s'épanouir pleinement. L'Église ne peut pas baptiser cette pression et l'appeler sainteté.

Notre réponse n'est pas seulement la protection. C'est la mission. Enseignez aux filles que leur voix compte parce que Dieu continue d'appeler les femmes à s'exprimer. Racontez les histoires : le courage de Déborah, la . La vigilance de Rispa, Marie-Madeleine annonçant la résurrection alors que les hommes étaient encore en train de se remettre de leurs émotions.

Puis donnez-leur un exercice pratique. Mettez les filles au micro pour la lecture des Écritures et la prière. Soyez attentifs quand elles s'expriment autour de la table. Demandez-leur ce qu'elles pensent. Quand elles dirigent, ne dites pas qu'elles aident. Appelez cela du leadership. Laissez-les regarder des femmes enseigner la théologie sans s'excuser. Laissez-les regarder les hommes se réjouir de ce don.

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PHOTO : LEIRE CAVIAO

Les filles / Pratiques simples à la maison et dans les groupes de jeunes

  • Quatre voix par mois. Planifiez le culte de manière que les filles voient au moins quatre femmes différentes diriger au cours d'un mois dans des domaines tels que les Écritures, la prière, l'enseignement et la musique. Nommez-les dans le bulletin.
  • Mission à la table de la cuisine. Prenez cinq minutes le dimanche pour bénir les filles qui servent déjà. Imposez-leur doucement les mains. Prononcez une brève bénédiction pour leur donner courage, sagesse et joie.
  • Compétences pratiques et non passives. Proposez des formations sur l'étude de la Bible, l'utilisation des médias et l’art de parler en public. Associez les filles à des mentors. Confiez-leur de petits projets avec des enjeux réels.

Pourquoi c'est pastoral, et non partisan

Au Canada, nos congrégations comprennent des personnes qui votent pour tous les partis, partagent les bancs avec des voisins qui ne sont pas d'accord avec elles et se passent quand même le même plateau de muffins. C'est un cadeau. Cela signifie également que nous avons besoin d'un langage qui refuse les dichotomies faciles.

Le sexisme n'est pas seulement présent à l'extérieur. Il se cache dans nos blagues. Il s'immisce dans notre enseignement du mariage lorsque nous confondons hiérarchie et sainteté. Il est présent dans les petits groupes où seuls les hommes étudient vraiment tandis que les femmes servent des collations. Nommer les choses par leur nom n’équivaut pas à pas choisir un camp. C'est dire la vérité pour que nos enfants puissent respirer.

Si nous ne le disons pas à haute voix, YouTube le fera. Si nous n'enseignons pas à nos enfants à utiliser les téléphones et les flux d'informations, TikTok le fera. Faith Today a déjà clairement nommé le défi numérique. Les algorithmes façonnent ce que nous voyons, puis nous cloisonnent par intérêt, y compris la façon dont nous recevons l'Évangile en ligne. Il s'agit d'une formation, pas d'une mode.

Après avoir prêché à l'église presbytérienne St. John's à Bradford, deux mères et un grand-père m'ont arrêté près de la cafetière. Mon sermon s'inspirait de mon livre, She Believed: Recovering the Fierce Faith of the Women of Scripture and Ourselves (Independent, 2025), qui explique comment les Écritures mettent l'accent sur le leadership des femmes et comment les familles peuvent enseigner la foi à leurs enfants dans une culture qui dénigre ouvertement les femmes.

« Mon fils ne cesse de regarder ce type sur YouTube », m'a dit l'une d'elles.

« Mon petit-fils aussi », a ajouté le grand-père.

Nous n'avons pas mis sur pied un programme. Nous avons institué une pratique. Nous avons échangé trois questions simples pour débriefer ce que les enfants voient en ligne, nous avons échangé une courte prière que les familles pouvaient dire sans gêne et nous avons promis de nous revoir.

Nous avons mis en pratique la stratégie simple que je préconise à St. John's. Pas d'abord un comité, mais une conversation autour d'un café et une promesse de continuer.

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PHOTO : GETTY IMAGES

Un guide pratique canadien pour les 12 prochains mois

Ce plan s’inscrit dans notre vie quotidienne.

  • Une soirée médias, chaque trimestre. Apportez des collations. Regardez trois clips en vogue. Posez deux questions pour chacun. (1) « Qu'est-ce qui est attrayant ici ? » (2) « Qu'est-ce qui manque ? » Terminez par une prière de 30 secondes. Renvoyez les familles chez elles avec une feuille de conversation d'une page.
  • Une déclaration de dignité visible. Affichez quelque chose de simple dans le hall d'entrée et en ligne, comme ceci : « Dans cette église, nous proclamons que les femmes et les hommes sont créés à l'image de Dieu. Nous ne donnons pas la parole à ceux qui rabaissent. Nous enseignons aux garçons que la force sert. Nous enseignons aux filles que les dons dirigent. Nous nous repentons lorsque nous échouons. »
  • Téléphones et formation dans la pastorale des jeunes. Pas de théâtre de surveillance. Enseignez l'autonomie. Donnez l'exemple du sabbat loin des écrans. Laissez les adolescents fixer leurs propres limites et les partager avec un ami. Célébrez les efforts plutôt que la perfection.
  • Rassemblez des ouvrages par des femmes canadiennes dans vos étagères. Créez une petite bibliothèque ou une liste numérique de femmes canadiennes qui prêchent, enseignent et écrivent. Citez-les depuis la chaire. Utilisez leur travail dans les petits groupes. Lorsque vous citez des femmes comme autorités, les enfants le remarquent.

Que faire lorsqu'un enfant répète des propos préjudiciables

Cela arrivera. Un enfant répète : « Les femmes sont trop émotives pour diriger » ou « Les garçons doivent prendre les commandes ». Respirez. Soyez curieux. Demandez : « Où as-tu entendu cela ? » Demandez : « Que penses-tu que cela signifie ? » Nommez le fond de vérité qui a été déformé. Puis racontez à nouveau l'histoire chrétienne, de manière plus ample et plus convaincante.

Réponses courtes mais percutantes :

  • « Chez nous, la force élève les autres. »
  • « Dans notre église, l'autorité se traduit par le service. »
  • « La confiance en soi est une bonne chose. Le mépris ne l'est pas. »
  • « Jésus a confié aux femmes la plus grande nouvelle. Nous faisons de même. »

Votre calme fait partie du discipolat.

Pourquoi cela a sa place dans l'Église

Les Églises s'engagent depuis des années dans la vie numérique : éducation parentale, formation des disciples à la maison, technologie dans la mission. Placez ce travail au centre de la vie de la congrégation, et non en marge. Associez les pratiques spirituelles à l'éducation aux médias. Considérez les budgets et les calendriers comme des outils de formation des disciples. Nous n'avons pas besoin de suivre le rythme effréné des flux d'informations. Nous avons besoin de la constance des disciples.

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ILLUSTRATION : ICE STOCKER

Guide pour les parents : un plan de conversation en trois étapes pour n'importe quelle vidéo

1 Remarquez

Demandez : « Qu'est-ce qui t'a plu dans ce clip, et qu'est-ce qui t'a déplu ? » Nommez ce qui vous a attiré sans honte.

2 Nommez

Demandez : « Quelle histoire sur les hommes et les femmes se cache derrière ce conseil ? » Ajoutez une phrase dans une perspective chrétienne : « Nous croyons que la force sert, que la dignité est partagée et que l'amour dit la vérité. »

3 Ensuite

Choisissez une petite pratique pour la semaine : repas sans appareils électroniques, excuses présentées, tâche ménagère partagée, gentillesse faite en secret. Priez ensemble une phrase.

Conseil : Si la vidéo se moque de l'empathie ou met l'accent sur le contrôle, dites : « Ce n'est pas ainsi que Jésus utilise son pouvoir. » Gardez un ton calme. Répétez l'exercice la semaine suivante. La compétence l'emporte sur la honte.

Taylor Scott-Reimer, de Barrie, en Ontario, est l'auteure de She Believed: Recovering the Fierce Faith of the Women of Scripture and Ourselves (TaylorScottReimer.carrd.co). Pour en savoir plus sur ce sujet, consultez notre numéro de mai/juin 2023 (“Parents, enfants & foi” et en anglais seulement “The dangers and opportunities of TikTok”) et celui de juillet/août 2024 (en anglais seulement “Summer, screen time and shame”). L'illustration-représentant-un-algorithme-adapté-à-partir-d'Airhead.

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