Magazines 2025 Sep - Oct Atteindre ceux qui sont derrière les barreaux

Atteindre ceux qui sont derrière les barreaux

01 September 2025 By Catherine Morris

Comment le bénévolat virtuel rend le ministère carcéral plus accessible que jamais.

Traduit par François Godbout. Ce texte en anglais. Illustration par Eva Bee

Dans la version King James de la Bible, le mot « prison » apparaît 90 fois. Dans certains cas, il s'agit d'une mise en contexte : « J'étais en prison et tu es venu à moi. » Dans d'autres, c'est un ordre : « Souvenez-vous de ceux qui sont en prison, comme si vous étiez en prison avec eux. »

La plupart des chrétiens reconnaissent que le ministère pénitentiaire est une vocation importante, mais une récente étude de Lifeway Research suggère que la plupart d'entre eux ne savent pas comment répondre à cet appel. Selon l'enquête de 2024, plus de 50 % des fidèles sont intéressés par l'aide aux détenus, mais seul un sur quatre passe d’un simple intérêt à un engagement concret.

Pourquoi ce décalage ? Les personnes interrogées par Lifeway ont donné diverses raisons, allant de la peur à l'absence d'opportunité.

Ce sont des thèmes familiers pour Mackenna Gonyou, de London, en Ontario, coordinatrice des partenariats avec les églises au New Life Prison Ministries (NLPM.ca).

Mme Gonyou explique : « Les gens viennent souvent nous voir parce qu'ils ont à cœur d'atteindre les personnes perdues et de servir dans les milieux où il est plus difficile d'évangéliser, [mais] ils ont peur de ne pas savoir comment interagir ou entrer en contact avec les détenus, car ils n'ont aucune expérience du ministère en prison. »

Études bibliques pour les détenus

New Life offre des cours bibliques par correspondance aux détenus de tout le Canada. Les détenus, ou « étudiants » comme les appelle New Life, reçoivent les cours par l'intermédiaire de l'aumônier de leur prison ou directement des bureaux de New Life.

Une fois terminés et renvoyés, les travaux de chaque étudiant sont envoyés à un instructeur virtuel bénévole. Les instructeurs écrivent des commentaires encourageants à côté des réponses des étudiants et leur rédigent une longue lettre. Ces commentaires sont ensuite relus par le bureau avant d'être renvoyés à l'étudiant.

 L'an dernier, New Life a aidé 2 504 étudiants et envoyé plus de 38 000 cours.

« Le terme ‘instructeur’ peut prêter à confusion, mais nos bénévoles ne sont pas des enseignants. Ils encouragent et encadrent les étudiants, explique Mme Gonyou. Nous ne recherchons pas des théologiens. Nous recherchons simplement des personnes qui aiment Jésus et qui ont à cœur d'aider les autres à le suivre. Les gens sont toujours plus aptes à le faire qu'ils ne le pensent. »

New Life n'est pas la seule organisation au Canada à faire ce genre de travail. Il existe d'autres organisations telles que Crossroads for Prisoners Canada, Redemption Prison Ministry et Prison Fellowship Canada (voir encadré). Mais le modèle de New Life est unique en raison de son offre de plus de 90 cours thématiques et du rôle central que jouent les bénévoles dans l'accompagnement des étudiants tout au long de leurs études.

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Aumônier de prison R. Wayne Hagerman

L'aumônier R. Wayne Hagerman, qui travaille au Centre correctionnel régional du Sud-Est au Nouveau-Brunswick, affirme que les instructeurs de New Life complètent de manière importante son travail derrière les barreaux, car ils inspirent et motivent les détenus.

« Lorsque je rencontre des clients qui ont reçu une lettre de New Life, ils sont toujours ravis de me parler de la personne qui leur a écrit avec tant de profondeur, d'amour et de compassion. Cela leur donne de l'espoir. »

Bénévolat virtuel

Actuellement, environ 200 instructeurs bénévoles travaillent avec New Life et participent à un ministère carcéral en pleine expansion sans jamais quitter leur domicile. Pour beaucoup, cette facilité et cette accessibilité font partie de l'attrait de cette activité.

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Bénévole et ancienne infirmière Lori Fellner

« Nous avons beaucoup de gens qui ne peuvent pas servir dans leur église parce qu'ils ont des problèmes de mobilité ou des contraintes de temps. Nous offrons un moyen flexible de servir et d'atteindre les gens avec l'Évangile. C'est vraiment significatif », explique Mme Gonyou.

Mais bien sûr, ce n'est pas seulement parce que c'est facile. De nombreux bénévoles viennent à New Life avec des motivations plus personnelles. Lori Fellner, une infirmière à la retraite de London, en Ontario, travaille pour l'organisation caritative depuis quatre ans. Elle a été attirée par le programme après avoir vécu un moment de repentance et de clarté, à la manière de l'apôtre Paul sur le chemin de Damas.

Mme Fellner a commencé sa carrière au centre de détention d'Elgin Middlesex, en Ontario. Bien qu'elle fût une infirmière très compétente, elle avait du mal à établir des relations avec ses patients et les jugeait souvent. « J'avais de bonnes relations avec les détenus, mais j'avais une attitude très distante à leur égard. Je n'étais pas chrétienne à l'époque et je n'avais aucune compassion. Je me souciais de leur santé, mais cela s'arrêtait là. »

Des décennies plus tard, après être devenue chrétienne et avoir pris sa retraite, Mme Fellner écoutait la radio dans sa voiture lorsqu'elle est tombée sur une émission consacrée à Chuck Colson, fondateur de Prison Fellowship. Plus elle écoutait son histoire, plus elle trouvait un écho en elle.

« C'était comme si Dieu me poussait à revisiter qui j'étais et à boucler la boucle. Je me suis sentie vraiment poussée à chercher un moyen de m'engager dans le ministère carcéral. »

Fellner a fait quelques recherches et a trouvé New Life. Depuis, en travaillant avec l'organisation, elle dit qu'elle sent Dieu agir à travers elle pour transformer non seulement ses étudiants, mais aussi elle-même.

« Dieu m'a donné une chance d'être rachetée pour la façon dont j'ai traité les détenus dans le passé. Ces personnes méritent autant que moi la grâce de Dieu. Quand j'ai commencé à voir les gens comme Dieu voulait que je les voie, cela a changé ma vie. Mon cœur s'est rempli de compassion. »

Wendy Gatschene, une autre bénévole, a également trouvé que ce programme avait changé sa vie. Il y a quatre ans, Wendy Gatschene a été victime d'un accident vasculaire cérébral dévastateur qui l'a laissée hospitalisée pendant deux mois. À sa sortie de l'hôpital, sa vie auparavant très active, dans laquelle elle consacrait 40 heures par semaine au bénévolat dans un ministère pour enfants, était terminée.

Incapable de servir comme elle l'aimait, elle se sentait perdue et inutile. C'est Mme Gonyou, un membre de son église, qui lui a parlé de New Life et l'a encouragée à s'impliquer.

Bien que nerveuse au début, Wendy Gatschene dit qu'elle n'a jamais regretté sa décision : « Je vis pour cela maintenant. M'humilier devant Dieu et le laisser m'utiliser de cette manière a été une expérience incroyablement merveilleuse. Il est difficile d'exprimer la joie que cela me procure. Cela m'a comblée et a redonné un sens à ma vie. »

Les défis d'un ministère de bureau

Le bénévolat derrière un bureau rend peut-être le ministère dans les prisons plus accessible, mais il n'est pas sans sa part de défis. Les étudiants sont généralement confrontés à des problèmes tels que la toxicomanie, la maltraitance et les traumatismes, des sujets difficiles à aborder à distance. Comme le dit l'aumônier Hagerman, « le ministère dans les prisons est compliqué, brut et réel. Cela n'a rien à voir avec le ministère dans une église. Ce n'est ni poli ni joli. »

Tous les bénévoles de New Life doivent suivre une formation rigoureuse comprenant des exemples de lettres et de réponses qui leur servent de modèle pour aborder avec tact des questions épineuses. Les bénévoles ne peuvent pas partager d'informations personnelles avec les étudiants – ils écrivent sous un pseudonyme – et sont invités à ne pas pousser les étudiants à donner plus d'informations qu'ils ne souhaitent partager.

Chaque lettre est soigneusement vérifiée par l'équipe de New Life avant d'être renvoyée à l'étudiant, et les bénévoles sont encouragés à contacter le bureau s'ils ne savent pas comment répondre ou quoi dire.

« Nous ne demandons pas aux instructeurs de rester chez eux et de faire cela tout seuls », explique Mme Gonyou.

Soucieuse de combler le fossé entre les enseignants et les détenus, Mme Gonyou a récemment mené une refonte du programme de formation de New Life, en mettant l'accent sur les conditions de détention afin de donner aux bénévoles une idée plus précise de la destination exacte de leurs lettres.

« Les instructeurs à domicile sont très éloignés du champ de mission et peuvent avoir du mal à connaître l'histoire d'un détenu et à comprendre sa souffrance », explique Mme. Gonyou. « L'objectif du nouveau programme est de leur donner une image complète du système pénitentiaire afin qu'ils puissent répondre avec compassion, attention et bienveillance. »

Pour Mme Fellner, la formation a été inestimable, car elle lui a fourni un environnement structuré dans lequel elle peut exercer son activité. « Ils veillent à ce que les gens soient conscients du rôle qu'ils vont jouer et fixent des limites pour garantir votre sécurité et celle des détenus. »

 

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Mackenna Gonyou, coordinateur des partenariats avec les églises à New Life Prison Ministries

Résultats et récompenses

Le personnel, les bénévoles et les aumôniers qui travaillent avec New Life poursuivent tous le même objectif : la croissance spirituelle. M. Hagerman a été témoin de ces transformations. Il se souvient de deux détenus qui avaient des difficultés à lire et à écrire et qui ont suivi des cours sur la Bible sous forme de bandes dessinées proposés par New Life. Ils lui ont dit qu'ils avaient « trouvé Jésus » dans ces pages illustrées.

« J'ai été époustouflé, dit-il. Cette rencontre, et bien d'autres, m'ont appris que si je laisse Dieu agir et que je laisse le Saint-Esprit faire son œuvre, des miracles peuvent vraiment se produire dans un centre correctionnel. »

Mme Gatschene dit qu'elle reçoit souvent des messages de ses étudiants qui lui disent qu'ils ont vu Dieu à l'œuvre dans leur vie et qu'ils en sont émerveillés. Certaines conversions prennent toutefois plus de temps que d'autres, et elle se souvient d'une situation particulièrement difficile où une étudiante pleurait la perte de son enfant et était devenue très amère.

« J'ai passé des heures à chercher des versets bibliques pour l'aider à guérir, raconte Mme Gatschene. Et j'ai fait confiance à Dieu pour qu'il me donne les mots justes à lui dire. Elle a fini par trouver la paix. »

image of logoCatherine Morris est écrivaine à Lakefield, en Ontario (CatMorWrites.com).

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